Protéger et autonomiser les jeunes filles anciennement associées aux groupes armés : Une contribution à son développement local

Les recherches effectuées par Child Soldiers International, en 2016 ont relevé que « les jeunes filles sont sous –représentées dans le panel des enfants sortis des groupes armés, qu’elles n’ont pas eu accès aux services du programme DDR[i] au même degré que les garçons et que, dans le cas où elles ont pu bénéficier d’une assistance, celle-ci n’a pas été suffisamment appropriée à leurs situations et besoins spécifiques »[ii]
Cette recherche a souligné que, malgré des exceptions encourageantes, les jeunes filles sont souvent victimes de discrimination et de stigmatisation lors du retour au sein de leurs communautés, et que les programmes DDR ne répondent pas suffisamment à cette problématique fondamentale de l’acceptation familiale et communautaire.
Ainsi, pour répondre à cette problématique de l’acceptation communautaire, CSI en partenariat avec l’Association de Jeunes pour le Développement Intégré – Kalundu, AJEDI-Ka, ont travaillé ensemble pendant deux ans pour essayer de mettre en œuvre des projets pilotes (2017- 2019), sur différents sites [iii]en Territoires d’Uvira et de Fizi. Ces projets pilotes ont été élaborés à partir des témoignages transmis par les bénéficiaires. « J’étais tout le temps chassée de l’école. On avait entendu dire qu’on pouvait avoir de l’argent là-bas. J’y suis allée pour essayer d’en avoir assez pour pouvoir retourner à l’école » (Extrait d’un témoignage d’une jeune fille âgée de 15 ans à RUTSHURU) [iv]
Il est essentiel de donner aux jeunes filles anciennement associées aux groupes armés, les moyens nécessaires pour participer pleinement à la vie économique, dans tous les secteurs et à tous les niveaux de l’activité économique, afin d’améliorer leur qualité de vie ainsi que celle des familles d’accueil et de toute la communauté. C’est dans cette perspective qu’une association française Action Solidarité pour le Développement Humain, ASODH, a décidé d’apporter son soutien à un groupe de jeunes filles anciennement associées aux groupes armés dans le village de Katogota, après avoir mené une mission exploratoire dans l’Est de la RDC au mois de mai 2019.
S’appuyant sur les premiers résultats obtenus lors du projet commun AJEDI-Ka et CSI, ASODH s’est prononcée positivement en faveur d’un appui financier pour soutenir le projet intitulé : « Appui agricole pour la production, la transformation et la commercialisation de maïs en faveur des jeunes filles associées aux groupes armés dans le village de Katogota, en territoire d’Uvira, Province du Sud-Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo ».
Il est donc important de préciser que l’objectif principal de ce projet est de contribuer d’une manière efficace à la consolidation des initiatives déjà entreprises dans le cadre de l’acceptation communautaire de jeunes filles anciennement associées aux groupes armés à travers la production, la transformation et la commercialisation de produits agricoles dans le but de renforcer leurs capacités de gestion au sein de la coopérative agricole et de contribuer à leur autonomisation financière à long terme. En parallèle de ce partenariat, ASODH soutient également des initiatives individuelles associées au domaine de l’éducation formelle. Cinq jeunes filles bénéficient d’une aide financière destinées à couvrir les frais de scolarité annuels pour 5 jeunes filles.
Les activités de protection et d’autonomisation financière facilitent l’intégration de ces jeunes filles au sein de la communauté afin d’éviter toute forme de rejet et de stigmatisation. L’appui d’ASODH constitue un facteur de motivation pour ces jeunes filles dont l’action s’inscrit dans la continuité des actions menées par le RECOPE de KATOGOTA.
Les réseaux communautaires participant également au fonctionnement de la coopérative agricole fournissent, quant à eux, des opportunités pour assurer un soutien psychosocial étroit concernant la réintégration des bénéficiaires.
Suite aux différentes séances de plaidoyer, la coopérative comptait au départ 30 bénéficiaires lors de l’élaboration du projet. Aujourd’hui nous comptons 45 membres, car depuis le lancement du projet, 15 nouvelles filles ont réussi à quitter des groupes armés pour être accueillies et intégrées au sein de la coopérative.
Les bonnes pratiques documentées au niveau local participent à la stratégie de sensibilisation et de plaidoyer afin de faciliter la sortie des jeunes filles associées aux groupes armés.
Simon Kangeta, Directeur exécutif AJEDI-Ka / Uvira / RDC
Membre de l’alliance pour la Protection de l’Enfant dans l’action humanitiare, Point focal du Groupe d’action national pour promouvoir l’acceptation communautaire des jeunes filles associées aux groupes armés, Chercheur indépendant.
[i] Désarmement, Démobilisation et Réinsertion, dans le cadre des enfants affectés par le conflit armé.
[ii] Child Soldiers International, Guide pratique pour promouvoir l’acceptation communautaire des jeunes filles associées aux groupes armés en République Démocratique du Congo, page 6.
[iii] Il est important de signaler que les projets pilotes ont été élaborés sur la base des témoignages des jeunes filles ayant participé à l’enquête menée par l’équipe de CSI en collaboration avec AJEDI–Ka à l’Est de la RDC, spécialement dans les villages de Katogota, Lupango, Sange (Territoire d’Uvira) et à Kabondozi (Territoire de Fizi). Au cours du mois d’avril 2019, AJEDI-Ka est intervenue à Minembwe dans le cadre des actions du Groupe de plaidoyer pour l’acceptation communautaire des jeunes filles associées aux groupes armés mais également dans le cadre de la continuité des activités de réintégration communautaire des filles de Minembwe.
[iv] Child Soldiers International, rapport intitule « Ce que disent les filles », Améliorer les pratiques de démobilisation et de réintégration des jeunes filles associées aux forces et groupes armés en RD CONGO, page 18.
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